Résumé de la conférence de Laurent Joffrin

Voici un petit condensé (aussi factuel que possible) des points principaux présentés lors de la conférence donnée par Laurent Joffrin à l’Université de Maurice le 4 février 2015:

Thème #1: Les mutations dans la presse

  • L’information est de plus en plus abondante. Les citoyens n’ont jamais été aussi bien informés (du moins en volume).
  • La vérification des informations est cruciale et les journalistes remplissent bien cette fonction (en général).
  • La presse a cependant des difficultés énormes à survivre économiquement.
  • L’audience a été habituée à la gratuité des contenus.
  • Seuls ceux qui ont lancé leurs sites avec un accès payant dès le début (paywall) s’en sortent.
  • Au Royaume Uni, le Guardian est lourdement subventionné par un Trust.
  • À Libération, la nouvelle formule (avec augmentation du prix du journal papier à 2 euros) a eu un succès temporaire car il y a eu une baisse de la diffusion après environ 6 mois.
  • La diffusion de Libération (version papier) tourne autour de 80,000 exemplaires par jour.
  • Pour la version en ligne, la publicité n’est pas suffisante.
  • Un impôt sur Google et les réseaux sociaux avait été proposé pour constituer un fonds d’aide à la presse, mais cela avait été rejeté. Google a effectivement mis sur pied un fonds d’aide mais les montants sont moindres.
  • Pour survivre, la presse a deux options: (1) faire du populaire style magazine ou (2) produire de la très haute qualité (e.g. Le Monde et Mediapart)
  • Ceux qui atteignent une audience mondiale (e.g. le New York Times et le Washington Post) s’en sortent mieux.
  • Pour ce faire, il faut produire des articles de fond, proposer des angles originaux et des analyses approfondies
  • Cependant, il y a de quoi être optimiste car, selon le dernier sondage réalisé par le journal La Croix, la crédibilité de la presse en France semble rehaussée (surtout pour la radio) alors qu’elle avait tendance à tomber.

Thème #2: La presse et le terrorisme

  • Charlie Hebdo a trouvé refuge chez Libération à la suite des attentats.
  • Des citoyens ordinaires ont fait preuve d’héroïsme (donc il y a encore des raisons d’être optimiste pour une société solidaire).

 

Séance de questions et remarques du public (réponses de Joffrin en italiques)

  • Comment Laurent Joffrin, qui aurait eu une enfance dorée, est-il devenu socialiste et directeur d’un journal de gauche?

Joffrin a déclaré qu’on ne devient certainement pas journaliste pour devenir milliardaire.

  • Charlie Hebdo a fait preuve de mauvais goût, de provocation et d’aveuglement.

Le fanatisme est plus grave que la connerie ou le mauvais goût.

  • La sécurité assurée par l’État à Charlie Hebdo était insuffisante. 

La sécurité est coûteuse et on ne peut blâmer l’État qui ne pouvait pas fournir une protection accrue (Charb bénéficiait déjà d’une protection rapprochée suite aux menaces d’attentats).

  • La télévision offre une bouillie infecte.

Rien n’oblige à la regarder. Il y a un choix très large et on peut aussi bien l’éteindre.

  • La presse n’est-elle pas complice des politiques qu’elle cautionne (e.g. l’affaire des vaccins contre le H1N1 commandés par la ministre Bachelot)?
  • La presse n’est-elle pas coupable de manipulation, d’arrogance, voire d’auto-congratulation (même s’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier)? Parfois, elle va jusqu’au boycott de ceux qui expriment une opinion différente.

La presse est faillible comme tout le monde. Dans l’affaire des vaccins, s’il y avait effectivement eu épidémie et que les vaccins n’avaient pas été commandés, la critique aurait été encore plus virulente. Dans l’affaire du sang contaminé, la presse a bien dénoncé le scandale.

Mes remarques

  • La presse mauricienne se porte plutôt bien si on compare les chiffres:
    • Environ 80,000 copies pour un quotidien sur une population de 60 millions en France.
    • Environ 15,000 copies pour un quotidien (estimations car il n’y a pas de bureau de certification de la diffusion) sur une population de 1.3 million à Maurice.
  • Deux aspects sont importants: (1) une exigence accrue de transparence vis-à-vis de son audience via les médiateurs/ombudspersons et émissions de monitoring (genre Arrêt sur Images) et (2) une demande de participation accrue des citoyens dans la production journalistique via les commentaires et le crowdsourcing

À Libération, la transparence est mise en oeuvre grâce à une importante charte de déontologie. Les rédacteurs (journalistes) sont forts, malgré la présence de représentants des actionnaires sur les comités. 

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