LGBT à travers le monde : Un combat à deux vitesses

Par Shreshta Kanhye, Chandini Boijoonauth, Rachel Salomon et Shalini Runnoo

Selon la Déclaration des Droits Universels de l’homme , “toute personne, quel que soit son sexe, orientation sexuelle ou identité de genre, a le droit de bénéficier des protections prévues par le droit international des droits de l’homme , y compris en ce qui concerne les droits à la vie, à la sécurité de la personne et à la vie privée, le droit à ne pas être soumis à la torture et à des arrestations et détentions arbitraires, le droit de ne pas faire objet de discrimination et le droit à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association.”

Cependant ce droit est régulièrement remis en question puisque de nombreuses personnes à travers le monde doivent faire face à la violence et aux inégalités. Selon Human Rights Watch, des gens sont brutalisés et courent des risques d’exécutions, dépendant de qui ils aiment, leur allure ou de qui ils sont. Pourtant. l’orientation sexuelle et l’identité sexuelle sont des aspects fondamentaux de la personne humaine . Ainsi ,elles ne devraient jamais être sujettes à des discriminations ou des abus.

Si d’une part certains pays reconnaissent ce fait et se dirigent vers une égalité complète des droits de personnes et des couples LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels), de l’autre côté, l’homophobie s’aggrave et les lois à l’encontre des LGBT s’affermissent dans plusieurs régions du monde. Partout la question homosexuelle fait débat; pour le meilleur – et parfois pour le pire. L’homosexualité est-elle ainsi un paradoxe , avec des progrès apparents en ‘Occident’ et des répressions ailleurs? Une tolérance envers l’homosexualité ici et une homophobie intense ailleurs…

Les lois concernant les LGBT dans le monde

Actuellement une vingtaine de pays autorisent le mariage entre les personnes du même sexe alors qu’environ 72 États pénalisent les personnes LGBT. La carte ci-dessous illustre les lois concernant les personnes LGBT dans différents continents du monde.

Il est à noter que certains pays européens ont pleinement légalisé le mariage homosexuel et l’adoption alors que d’autres se sont limités à l’union sans autoriser l’adoption aux couples homosexuels. En outre, la Russie dispose d’une loi interdisant la “propagande gay” y compris toute mention positive de l’homosexualité en présence de mineurs, même en ligne. En Asie, la situation des personnes LGBT s’avère difficile avec le Singapour et l’Inde qui restreignent les droits fondamentaux des homosexuels. Cependant en Inde, le transgenre est légalement reconnu comme un troisième genre . En Chine, l’homosexualité n’est pas pénalisée. Toutefois les LGBT ont du mal à exister dans un régime qui reste très autoritaire et qui n’aime pas les différences.

mapCarte illustrant les droits des LGBT à travers le monde.

En Amérique latine les choses s’améliorent puisque le continent devient de plus-en plus ‘gay friendly’. Même dans les pays plus conservateurs, comme le Pérou, le Chili ou la Colombie, le débat autour des LGBT prend une tournure favorable. Par contre à Cuba , pays communiste, l’homosexualité est toujours réprimée et il n’y a aucune loi qui protège les gays. Cependant le pays a légalisé les opérations chirurgicales de changement de sexe reflétant un avenir optimiste pour les LGBT dans le futur.

En Afrique , les personnes LGBT vivent un véritable enfer. C’est la religion qui est l’un des déclics de l’homophobie: le catholicisme, l’islam, l’église orthodoxe ou le protestantisme.  Près d’une quarantaine de pays africains sont munis de lois criminalisant les rapports homosexuels entre adultes consentants. De plus les homosexuels risquent la peine de mort dans dix pays musulmans. Sept d’entre eux condamnent l’homosexualité à la peine capitale dans leur loi fédérale, à savoir l’Afghanistan, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, l’Iran, la Mauritanie, le Soudan et le Yémen.

En Ouganda, les homosexuels sont confrontés à la violence et sont l’objet de persécutions pouvant aller jusqu’au meurtre. Le traitement de l‘homosexualité s’annonce pire avec la nouvelle législation promulguée par le président ougandais, Yoweri Museveni. Cette nouvelle loi interdit toute promotion de l’homosexualité et rend obligatoire la dénonciation de quiconque s’affichant homosexuel(le). Le durcissement de cette loi a déclenché la colère dans des pays occidentaux tels que les Pays-Bas et le États-Unis. Ces derniers ont mis en place des sanctions visant à pénaliser les organisations ougandaises qui ne respectent pas les droits élémentaires des homosexuels. À noter que les très influentes églises évangéliques sont les principaux moteurs propageant l’homophobie dans ce pays.

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Photo illustrant les types de violence que subissent les homosexuels en Ouganda.

Par contre dans d’autres pays d’Afrique tels que l’Afrique du Sud et le Cape Vert, l’homosexualité est légale. De surcroît, les droits des personnes LGBT sont constitutionnellement protégés dans ces deux pays africains.

Maurice :  assez tolérant envers  les personnes LGBT

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Ce diagramme illustre le taux de tolérance vis-à-vis de l’homosexualité dans les pays africains.

Un sondage, effectué par AfroBarometer en 2015, révèle que 46 % de la population mauricienne accepte relativement bien les homosexuels comparé à d’autres pays africains tels que l’Ouganda, le Sénégal et la Guinée. Cela en dépit d’une législation défavorable aux personnes LGBT. Selon cette étude, malgré l’existence de l’Article 250 du code pénal de 1838 condamnant la sodomie, Maurice est cité comme étant assez tolérant envers les homosexuels. D’ailleurs la situation s’améliore puisque l’acceptation envers l’homosexualité connaît une ampleur grandissante.

Par ailleurs des personnalités publiques ont fait des déclarations afin de promouvoir les droits humains reliés à l’orientation sexuelle pendant les dix dernières années.  Parmi, on trouve Rama Valayden, ancien Ministre de la Justice, Navinchandra Ramgoolam, ancien Premier Ministre,  Paul Bérenger, Leader de l’Opposition, Ravi Yerrigadoo, actuel Ministre de la Justice et Alain Wong, actuel Ministre de la Fonction Publique (source: Young Queer Alliance)

Plusieurs initiatives ont été lancées pour créer un cadre législatif plus équitable, indépendamment de l’orientation sexuelle, avec notamment des lois liées à l’emploi telles que l’Employment Rights Act et l’Equal Opportunities Act de 2008. Maurice a également signé une déclaration sur les Droits Humains, l’Orientation Sexuelle et l’Identité de Genre à l’Assemblée Générale des Nations-Unies durant cette même année. Aussi en 2011, Maurice a accordé son soutien à la résolution  du Haut Commissariat des Nations Unies sur l’affirmation des droits des LGBT.

En outre il existe des organisations à Maurice qui militent pour les droits des LGBT telles que le Collectif Arc-en-Ciel. Créée en 2005, cette association mène un combat contre l’homophobie et les différentes formes de discriminations liées à l’orientation sexuelle, pour la prévention des Infections Sexuellement Transmissibles (IST) et pour une coopération avec les associations spécialisées.

Aussi, le collectif  facilite les rencontres et les échanges entre les personnes LGBT, ce qui aide ces dernières à faire leur « coming out ». C’est tout un travail de reconstruction identitaire qui demande de se fortifier psychologiquement, à se découvrir et à pouvoir affronter les regards des autres et surtout la réaction des parents.

Cependant malgré le fait que les mentalités concernant les LGBT évoluent, 54% de la population mauricienne n’accepte toujours pas pleinement l’homosexualité.  Cela peut être dû au fait que Maurice est un pays conservateur et traditionnel, selon le sociologue Rajen Suntoo.

Le coming-out : Une étape difficile

Dans un certains nombre de cas, l’homosexualité se manifeste dès l’adolescence. En effet plusieurs homosexuels ont confié s’être sentis gay dès leur puberté alors que certains le pressentaient même avant. A l’instar de Nygel, membre du Collectif Arc-en-Ciel.

Toutefois c’est à l’adolescence, période d’extrême fragilité psychologique et affective, que les jeunes commencent à se poser des questions sur leur orientation sexuelle. Souvent c’est dur pour l’adolescent d’affronter une orientation affective et sexuelle différente de la norme hétérosexuelle.  “Pour certains ils n’acceptent pas qu’ils sont comme ça parce qu’ils pensent qu’ils sont seuls au monde.”

Assumer son homosexualité, c’est tourner le dos à un mode de vie socialement acceptable. Ainsi réussir à s’accepter tel que l’on est et parvenir à vivre une sexualité qui n’est pas forcément celle que l’on avait prévue se révèle parfois très difficile. C’est briser l’image de l’enfant idéal tant convié par les parents. C’est aussi envisager l’idée de s’exposer à de violentes critiques.

La façon d’accueillir son homosexualité et de l’accepter est souvent liée à la manière dont les parents vont l’apprendre et à leur opinion sur ce sujet. Souvent, les parents accueillent très mal l’homosexualité de leurs enfants pour des raisons religieuses ou homophobes, comme l’indique Rachel, autre membre du Collectif Arc-en-Ciel. 

“Tu vois, cette fille là, eh ben elle est lesbienne, il ne faut pas lui parler!”

D’ailleurs elle révèle que surtout dans le monde du travail, l’homosexualité est souvent un sujet tabou qui conduit à la discrimination. “Tu vois, cette fille là, eh ben elle est lesbienne, il ne faut pas lui parler!” C’est une des critiques qu’elle a dû subir au travail.

Faire son “coming-out’ peut provoquer un choc ou, à l’inverse, un soulagement. Cette étape difficile et douloureuse demande beaucoup de courage de la part des homosexuels. Dévoiler son homosexualité peut provoquer des réactions mitigées chez les personnes proches des LGBT. Cela peut mener leurs amis à se distancer d’eux, comme cela a été le cas pour Nygel.

Toutefois ce qui est primordial, c’est de parvenir à s’accepter tel que l’on est, de vivre sa vie amoureuse et sexuelle en étant épanoui et libre. C’est surtout d’être heureux dans sa peau peu importe son orientation sexuelle.

L’homosexualité : un phénomène naturel

Les causes de l’homosexualité sont souvent attribuées à des abus sexuels pendant l’enfance, les dysfonctionnements du foyer familial et d’autres facteurs psychologiques. Toutefois beaucoup d’études ont mis en avant la thèse biologique, ou plutôt génétique, pour expliquer l’homosexualité. Des psychologues qui s’intéressent à la question ont déduit qu’il y a une forte proportion d’homosexualité au sein des mêmes familles. Par ailleurs le chercheur américain Dean Hamer a établi, sur un échantillon assez représentatif, que plus de 10 % des frères d’un garçon gay passaient par la même évolution sexuelle. Cette proportion est plus élevée chez les jumeaux, où elle est de l’ordre de 40 à 50 % des cas. Le fait qu’un homme homosexuel a souvent des ascendants de même orientation du côté maternel a déjà été prouvé. Cela pourrait expliquer l’hypothèse d’une transmission génétique par voie matriarcale.

Toutefois, la génétique n’explique pas à 100% l’orientation sexuelle d’un individu puisque c’est un choix personnel. Cependant ce facteur biologique pourrait mener à renverser les préjugés comme quoi on pourrait guérir et combattre l’homosexualité. (source: France Culture)

Les différents stéréotypes sur les homosexuels.

Il existent plusieurs stéréotypes associés aux homosexuels. Par exemple, la vision physique d’une femme homosexuelle est associée à la masculinité. Elles sont souvent décrites comme  des femmes qui ont des cheveux courts et qui portent des vêtements masculins et aussi de grosses chaussures. En outre, les femmes qui réussissent en tant qu’entrepreneures, qui n’ont pas d’enfants et qui sont célibataires sont perçues comme étant lesbiennes.

D’autre part, les hommes homosexuels sont aussi accablés par de nombreux stéréotypes. Les hommes homosexuels sont souvent vus comme étant responsables de l’existence du VIH/SIDA. Ils sont perçus comme étant efféminés et aux mœurs légères.  Dans le même contexte, on pense qu’ils sont tous de bons danseurs et qu’ils sont tous obsédés par la mode.

Par contre il faut admettre que tous ces stéréotypes ne sont pas nécessairement négatifs, mais leurs effets ne peuvent pas être ignorés car cela mène à la discrimination. La plupart des stéréotypes contre les homosexuels résultent de l’homophobie et l’hostilité contre les homosexuels.

L’homosexualité dans les religions

Toutes les religions ont, en général, une vision négative de l’homosexualité. Le bouddhisme, l’hindouisme,  le judaïsme et le christianisme opposent l’acte homosexuel sans toutefois condamner la personne homosexuelle. Par contre, l’islam, se basant plus sur la charia (règles de conduite applicables aux musulmans) que sur les préceptes du Coran, condamne l’homosexualité ainsi que les personnes homosexuelles.

La révolution de l’activisme gay dans le monde.

Il y a 47 ans, en 1969, les émeutes de Stonewall, prenaient place à New York.  Cela allait être à l’origine de la lutte contemporaine des LGBT pour leurs droits et l’égalité. Si auparavant il y avait une répression accrue  contre les LGBT, aujourd’hui ce n’est plus le cas car  de plus en plus d’homosexuels s’affichent ouvertement.

De plus le mouvement gay continue de prendre de l’ampleur presque partout dans le monde à travers des marches de fierté (Gay Pride), ayant pour but de manifester pour la liberté et l’égalité pour toutes les orientations sexuelles et identités de genre (hétérosexuels, homosexuels, lesbiennes, bisexuels et transsexuels). À Maurice aussi, les marches de fierté sont organisées chaque année par le Collectif Arc-en-Ciel afin que les LGBT puissent librement exprimer leur identité et militer pour leurs droits.

Par ailleurs cette démarche connaît un succès mondial puisque les perceptions envers les LGBT commencent à changer graduellement même si l’homophobie perdure toujours dans certains régions du monde. Cela se caractérise par les lois visant à condamner l’homophobie dans certains pays et à promouvoir les droits des LGBT.  À l’instar de la France où désormais les homosexuels sont autorisés à donner leur sang, mettant fin à une longue période de discrimination et de tabou.  De plus, la transsexualité n’y est plus classée comme affectation psychiatrique depuis 2009.

En outre, même dans le monde politique, on constate des changements dans les perceptions. Par exemple, l’Union Européenne compte désormais un dirigeant homosexuel , Xavier Bettel, Premier Ministre du Luxembourg. Idem pour le monde des affaires où le PDG, Tim Cook,  de la plus grande entreprise du monde, Apple, est ouvertement gay. De surcroît, même dans l’univers du cinéma, des thèmes sur l’homosexualité commencent à voir le jour. D’ailleurs plusieurs célébrités ont fait leur coming-out sans que cela n’affecte leur popularité puisqu’ils ont été acceptés par leurs fans et cinéphiles. Ellen DeGeneres, présentatrice du ‘Ellen show’, qui est l’une des personnalités médiatiques les plus influentes au monde en est un exemple.

Même à Maurice les perceptions et les attitudes changent envers les LGBT. Cela est dû au fait que beaucoup de Mauriciens accordent leur soutien aux personnes LGBT et sont d’accord pour que les LGBT puissent obtenir leurs droits.

Pour  conclure, comme a déclaré le Pape François:  «Si une personne est homosexuelle, qui suis-je pour la juger? Nous devons être frères». Cela indique qu’il est grand temps pour que  les préjugés et la discrimination envers les personnes LGBT s’atténuent.  De plus l’orientation sexuelle d’une personne ne réduit pas sa capacité humaine de réaliser de belles choses.  De ce fait, toutes les personnes, peu importent leurs orientations sexuelles, doivent pouvoir être libres de jouir de leurs droits car aimer, c’est le droit de tous. Ainsi l’appel à beaucoup plus de tolérance envers les LGBT à Maurice est lancé.