Sécurité routière: l’affaire de tous

Par Julie Soucient, Joanna Uppiah, Hemy Bapamah, Dooshika Conhoyea, Shelly Carpayen & Girija Gungabissoon

Nombreuses sont les causes qui peuvent entraîner un accident: vitesse, alcool au volant ou mauvais entretien des routes ainsi que le nombre de véhicules qui circulent quotidiennement. 

Chaque année, de nombreux piétons et automobilistes perdent la vie sur nos routes. De janvier à juillet 2015, le bilan était de 57 morts. Selon Statistics Mauritius, les chiffres liés aux accidents de la route restent inquiétants: 42,089 en 2013 et une augmentation de 9,847 en 2014.

Pourquoi tant d’accidents sur nos routes ? Quelles sont les mesures et les nouvelles méthodes que le gouvernement ainsi que les forces de l’ordre mettent en place pour réduire ce taux alarmant?

accidents 2014 2015
Il est noté que le nombre de véhicules enregistrés par la National Transport Authority (NTA) était de 465,052 en 2014 (soit une hausse de 9,302 par rapport à 2013). Selon un rapport publié par l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS), l’alcool au volant est la cause la plus fréquente des accidents de la route.

Les contrôles d’alcoolémie démontrent des résultats parfois troublants. Toujours selon le même rapport, la drogue forme partie des autres facteurs liés aux accidents car sa consommation a souvent des effets dévastateurs sur les conducteurs.

Un chauffeur  d’autobus s’exprime concernant les accidents de la route à Maurice

Les accidents de la route sont aujourd’hui l’une des causes principales de mort. Dans certains cas, les accidents de la route sont le numéro un dans plusieurs pays du monde surtout dans les pays les plus industrialisés. Par ailleurs, alors que la médecine a pu aider à contrer les ravages causés par bon nombre de maladies, les accidents routiers eux sont devenus des « épidémies » de la santé publique qui appellent donc à la prévention.

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Parmi tous les types d’accidents – à la maison, au travail, par exemple, sur les chantiers ou dans les industries, dans le domaine sportif et ailleurs – ceux causés par les véhicules ont tendance à être les plus sérieux.  Les statistiques concernant les accidents de la route révélés par le Central Statistics Office pour l’année 2014 démontrent que le nombre de véhicules impliqués dans les accidents de la route est passé de 42,089 en 2013 à  51,396 en 2014.

Parmi, 30% de ces véhicules sont des voitures de maître, 43% des motos, 7% des autobus et 5% des vans. Cette étude révèle l’intérêt que portent les autorités à ce problème. ll ne s’agit pas simplement des autorités mais il en va de la sécurité du public et cela concerne donc tous les citoyens.

 

 

 

 

 

Comment peut-on continuer à croire que quelques blessés par jour n’est pas si grave que ça? Peut-on continuer à croire qu’un accident de la route ne dure qu’une seconde alors que cela affecte des vies humaines?

La loi concernant les points de pénalité, qui était entrée en vigueur le 10 mai 2013, a été supprimée par le nouveau gouvernement et ainsi, 49 caméras de vitesse n’étaient plus en service entre janvier et juillet 2015. Les automobilistes mauriciens ont donc bénéficié d’un sursis jusqu’à ce que 54 radars soient opérationnels.

Repeints en jaune, les radars rétro réfléchissants sont désormais très visibles pour les conducteurs la nuit.

Deux limitations (60 km/h et 80 km/h) selon les axes sont également appliquées sur les routes nationales de l’île.

Ashok Mattar, Chef Inspecteur de la Traffic Branch explique le fonctionnement des “speed cameras”

Une amende minimale de Rs 1,000 attend ainsi les automobilistes qui dépassent la limite de vitesse autorisée. L’amende est majorée à Rs 1,500 pour excès de vitesse de 15 km/h et 25 km/h et à Rs 2,500 pour les chauffeurs flashés au-delà de cette marge.

Pour rappel, 38,476 automobilistes avaient été pris en excès de vitesse en 2014 sur les routes de l’île. Les amendes ont rapporté Rs 76,952,000 à l’État.

Certains radars ont été rendus opérationnels en septembre 2015 lors de la première partie d’un exercice à deux phases. Ainsi, 49 caméras ont été installées le long des routes dans les différentes régions du pays.

Yassin, receveur d’autobus, donne son point de vue sur les “speed cameras”

Selon le commissaire de police adjoint (Traffic & Sud) M. Beekun , 75% des accidents de la route qui ont eu lieu depuis le début de l’année sont le résultat d’excès de vitesse et d’alcool au volant. Il est à noter qu’en vertu de l’Amendment Act 2011 sur la circulation routière, un usager de la route, qui a commis un total de six infractions de conduite graves pour une période de 24 mois, sera disqualifié de détenir un permis de conduire pour une période de pas moins de six mois et pas plus de 12 mois. Le permis de conduire sera rétabli après la période de disqualification et l’achèvement d’un cours de réhabilitation.

Ashok Mattar, Chef Inspecteur de la Traffic Branch explique le permis à point maintenant connu comme le permis cumulatif.

Témoignages

Yanishka Luxminon et Ruben Moonesawmy racontent le traumatisme subi dans des accidents

Le bilan : deux morts, le frère et un de ses cousins.

 Yashinee, âgée d’une vingtaine d’années est une habitante de Cité Valleejee. Elle se souvient de cette date comme si c’était hier. Le 28 octobre 2008, son frère Siven est victime d’un grave accident de la route à Coromandel. Ils étaient 5 personnes dans une voiture et sortaient tous d’une boîte de nuit quand leur voiture a fait une sortie de route et s’est écrasée contre une pharmacie vers deux heures du matin. Yashinee n’avait alors que 14 ans mais les souvenirs sont bien vivaces. Bila : deux morts (son frère qui est mort sur le coup) et un de ses cousins qui habite aussi Cite Valleejee. Ce dernier est désormais paralysé. Elle souligne que son frère était le conducteur de la voiture. Etait-il à ce moment-là sous l’influence de l’alcool ? Elle précise que Siven ne consommait pas d’alcool et jusqu’à présent, les causes de l’accident sont encore floues. Et ce, même pour les rescapés. Le choc est toujours présent. Yashinee et sa famille ont vainement essayé de poser des questions à ceux ayant survécu à ce drame mais ces derniers refusent toujours de s’exprimer.

Yashinee, Cité Valleejee.

Paralysée des deux jambes et du bras droit…

« Ma mère s’est fait renverser par une voiture alors qu’elle circulait à vélo pour se rendre à son travail. Paralysée des deux jambes et du bras droit, elle est restée pendant plus d’une année dans un centre de rééducation.

Pendant plusieurs mois, nous n’avons pu obtenir d’aides financières, ni même de visite d’un médecin expert. Sincèrement, je pensais que l’assurance de ma mère faisait le nécessaire.
Les médecins du centre de rééducation prévoyant la sortie prochaine de ma mère et n’ayant aucu myen pour la placer dans un établissement correct, nous avons fait appel à la sécurité sociale et au ministère de la santé  pour nous aider dans nos démarches.
Les différents préjudices de ma mère ont été correctement évalués avec l’aide de la sécurité sociale qui a directement négocié avec le ministère  et ma mère a commencé sa nouvelle vie sans avoir à se soucier des problèmes financiers. »

Emilie, 23 ans, Pointe aux Sables.

Un accident de la route a changé leur vie

« Une seconde ! Une seconde qui va foutre votre vie en l’air, qui va tout briser, anéantir votre futur, vos rêves et stopper votre avenir en plein vol. Il n’en faut pas plus, peut être même moins, pour tout détruire. Et nous ne sommes pas devant un jeu d’ordinateur ou sur une PlayStation, il n’y a pas de retours en arrière, aucun retour en arrière possible. Ce qui est arrivé, aussi dramatique soit-il, est arrivé… De quoi s’agit-il ?

D’un “banal accident de la route”. Que vous soyez victime ou coupable, le choc est là. Inacceptable et pourtant, après cette seconde, rien ne sera jamais plus comme avant. Rien !

Ce qui suit n’est pas un roman, ni l’histoire de mon prochain film. C’est ma vie, ma vraie vie, qui après cette seconde est devenue un pur cauchemar, un combat de chaque instant, une lutte de jour comme de nuit, un traumatisme interminable, une suite de douleurs épouvantables, un calvaire quotidien. D’ailleurs je suis dans mon lit en train d’écrire. Il est 4h12 du matin. Comme la plupart de mes nuits, après avoir tourné pendant des heures, je ne peux plus dormir.

J’ai mis presque 24h pour donner la vie à mon fils et une seule seconde a suffi pour qu’il meure. Pour qu’il soit assassiné sur la route par un chauffard ivre.

Vous trouvez ça juste ? Moi non !

Aujourd’hui, il aurait eu 18 ans, il mesurait environ 1m70 et serait ce qu’il a toujours été : ma grande fierté, l’être que j’aime le plus, mon oxygène, celui pour lequel pendant des années je me suis levée la nuit, avec lequel j’ai partagé des fous rires inoubliables, ce qui m’apportera à son tour en temps voulu, son soutien, son amour, sa tendresse et surtout, celui pour lequel j’ai toujours lutté, afin qu’il soit fier de moi et que ses yeux brillent de bonheur et de joie de vivre. Nicolas ne me verra jamais fêter mes 60 ans ! Il n’est plus ici pour que je partage avec lui émotions, jeux, déceptions, balades, engueulades, cours de judo et tout le reste… Il me reste quoi ? Je fais quoi ici ? J’écris. Je vous écris, pour que surtout, vous ne passiez jamais par la même épreuve, par le même calvaire. »

Jeanine, 46 ans, Coromandel.

Moi Kenny, je ne touche plus à une goutte d’alcool aujourd’hui…

«  Quand on est jeune, on croit vraiment que le monde nous appartient. On ne se soucie de rien. Tout est beau et jouable a nos yeux. Hélas, dans bien des cas, nous avons tout faux. La vérité est que le danger se cache à tout coin de rue, prêt à nous prendre de court.

C’était le soir de mon anniversaire. Comme tous les ans, avec la famille et les amis, on se rassemble afin de fêter l’événement et par la même occasion, boire un coup. Vers 23 heures, la famille a commencé à déserter la maison et mes parents s’apprêtaient à aller se coucher. Bien sûr les jeunes ont continué à fêter. Je ne me souviens plus exactement combien nous avons bu ce soir la. Je me souviens juste avoir été sacrément amoché. Mon cousin Emmanuel a débarqué vers minuit avec sa nouvelle moto et lui aussi a commencé à boire. Moi qui n’ai jamais enfourché de moto auparavant avais décidé de tester la nouvelle moto. Les derniers souvenirs que j’avais c’était mes amis essayant de lutter avec moi pour que je ne prenne pas la moto. Mais malgré tout, je l’ai fait. J’ai roulé le long de la rue Robinson afin de me rendre jusqu’au cimetière des Casernes. Dans un tournant, j’ai vu une lumière aveuglante foncer sur moi et ai ressenti une douleur atroce au niveau de la jambe. A mon réveil, je ne sentais plus mes membres et ai simplement vu ma mère à mes cotés dans la salle de l’hôpital en sanglots. En fait, ils m’ont retrouvé dans les buissons trois heures plus tard gisant dans une marre de sang. C’était un ami à moi qui m’a retrouvé et a appelé l’ambulance et mes proches. Le taux d’alcoolémie était surélevé et le médecin a fait ressortir que j’avais échappé à la mort.

Aujourd’hui je vis toujours dans la peur et ai développé une vraie phobie de la moto. Je ne touche plus à une goutte d’alcool non plus. La vue d’une moto me terrifie. Je ne le referai plus jamais… »

Kenny, Port-Louis.

Avec l’augmentation des accidents de la route, Deepika Auckloo, “Transport Planner” de la compagnie d’autobus Rose-Hill Transport, explique les mesures prises par la compagnie afin d’éviter les accidents.